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Fin du numerus clausus: quel impact sur la démographie des pharmaciens ?

Le nombre de places disponibles en deuxième année de formation va progresser de +4,5% dès la rentrée prochaine, avant une disparition des quotas à partir de l’automne 2020.

Le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé, porté par la ministre Agnès Buzyn, a été définitivement adopté par le Parlement le 16 juillet dernier. Le texte énonce une série de nouvelles dispositions qui renforcent le rôle des pharmaciens* face à la désertification médicale et assouplissent, en amont, le processus de sélection des étudiants à l’Université, mesure qui devrait influer sur la démographie du secteur et, à plus ou moins grande échelle, alimenter sur le long terme le marché de la transaction d’officine.

La mesure la plus symbolique porte en effet sur la fin du numerus clausus à l’horizon 2020, réforme applicable au niveau du PACES (1ère année commune aux études de santé) en médecine, dentaire et pharmacie. Dans cette dernière filière, le nombre d’admissions au concours va augmenter d’environ +4,5% dès la rentrée prochaine (3 261 places à l’échelle nationale, soit  137 de plus par rapport à 2018).

A partir de 2020/2021, le numerus clausus ne fonctionnera plus en tant que tel, ce qui ne signifie pas pour autant la fin des quotas : il reviendra alors aux universités de fixer – en accord avec les Agences régionales de santé (ARS) – leurs plafonds en fonction de leurs capacités, des moyens budgétaires dont elles disposent et des besoins identifiés et anticipés sur leurs territoires respectifs (vieillissement de la profession, nombre de pharmacies à vendre et à reprendre etc…).

20 000 départs en retraite en 10 ans

Faut-il s’attendre à un accroissement significatif de personnels formés ? Rien n’est moins sûr : la réforme qui va très prochainement entrer en vigueur traduit davantage une évolution qu’une disparition pure et simple du numerus clausus, lequel a d’ailleurs été déjà progressivement relevé depuis 2003, non sans incidence d’ailleurs sur la démographie des pharmaciens : selon un état des lieux établi par la Drees (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques), « la part des moins de 35 ans en exercice dans le secteur est ainsi passée de 19% en 2011 à 21% en 2018 » quand, sur la même période, celle « des plus de 55 ans a augmenté de 21 à 29% ». Cette dernière courbe s’explique, selon les auteurs de l’enquête, par l’allongement des carrières dû à la réforme des retraites de 2010 et surtout par un phénomène générationnel : l’âge des pharmaciens qui ont profité d’un numerus clausus plus « ouvert » au début des années 1980 approche ou a aujourd’hui dépassé la barre des 60 ans (plus de 20 000 départs en retraite devraient intervenir au cours de la prochaine décennie, d’après un estimation récente de l’Ordre national de la profession).

La Drees va plus loin encore dans ses projections en fondant l’hypothèse d’une hausse de 5% de places offertes au prochain concours, soit un niveau à peu près équivalent à celui qui, on l’a vu, est effectivement programmé à la rentrée (+4,5%) : ce modèle aboutirait, selon l’étude, à porter l’effectif global de pharmaciens en exercice de 73 000 au 1er janvier 2018 à un peu plus de 80 000 en 2040 (contre 79 000 sans la réforme), avec une progression plus rapide « en fin de période de projection », soit une accélération jusqu’à + 4% entre 2035 et 2040). A l’inverse, un repli de -5% des quotas fixés en 2019 limiterait la hausse des effectifs à 77 000 vingt ans plus tard.

« La modification du numerus clausus constitue donc un levier puissant mais qui intervient à plus long terme » conclu la Drees. Pour preuve, la réduction du nombre de places offertes aux étudiants en pharmacie de 1985 à 2002 « explique ainsi en grande partie le vieillissement actuel de la profession et la stabilité des effectifs constatée ces dernières années ».

*Possibilité leur est notamment offerte de délivrer, sous conditions, des médicaments jusqu’ici prescrits sous ordonnance, afin de traiter des maladies bénignes facilement diagnosticables (angine ou cystites par exemple). La loi autorise également certaines vaccinations à l’officine.